Palmarès 2007 des Big Brother Awards France

Paris, le 21 mars 2008. Nous avons le regret de vous annoncer qu’une fois de plus, Nicolas Sarkozy a été bel et bien exclu de la compétition, en raison, cette année, de sa "prédisposition génétique" aux atteintes à la vie privée et aux libertés.

A contrario, le jury des Big Brother Awards 2007 a bel et bien récompensé le Conseil Constitutionnel, le Pr Philip Gorwood de l’Inserm, les drônes Quadri-France et Elsa, Claude Journès, président de l’université Lyon-II, l’émission Envoyé Spécial de France 2 pour son reportage "Expulsion mode d’emploi", et Google Inc. qui, eux, n’ont pas d’excuse génétique à leurs comportements dignes de Big Brother.

Le Collectif Refus ADN reçoit quant à lui le prix Voltaire, décerné à ceux qui s’illustrent en matière de résistance à la montée en puissance de cette société de surveillance. (La liste des membres du jury est rappelée en fin de ce communiqué.)

Nicolas Sarkozy, multirécidiviste des atteintes à la vie privée

L’an passé, nous avions rappelé qu’il avait été nominé 6 fois en 7 ans, que sa première nomination l’avait été "pour l’ensemble de son oeuvre", et que le jury, à l’unanimité, l’avait classé "hors compétition", pour "dopage et exhibitionnisme".

Nicolas Sarkozy n’en avait pas moins, depuis, été finalement primé 3 fois, en 3 ans, puis de nouveau exclu de la compétition pour "racolage actif et passif, exhibitionnisme et outrage à magistrat". Ce qui, s’il avait été poursuivi, lui aurait fait encourir plusieurs années de prison ainsi que, et en vertu de la loi sur la récidive, le port d’un bracelet électronique.

Depuis, Nicolas Sarkozy a été élu à la présidence de la République. Bien que multirécidiviste des atteintes à la vie privée, il bénéficie donc, en quelque sorte, de l’immunité présidentielle, et ne peut donc être poursuivi. En réexaminant son cas, nous sommes arrivés à la conclusion, au vu des propos qu’il a tenu au philosophe Michel Onfray [1], que son problème devait probablement être d’ordre génétique. Et qu’il pouvait donc être présumé "irresponsable", au sens juridique, de ses actes répétés contre la vie privée et les libertés fondamentales.

Les lauréats des Prix Orwell 2007

1. Orwell Etat & élus : Le Conseil constitutionnel a dépassé d’une courte tête le Pr Philip Gorwood, chercheur à l’Inserm. Pour avoir validé le principe de la "rétention de sûreté", et n’avoir pas joué son rôle de garant des institutions et de l’Etat de droit, le Conseil Constitutionnel reçoit donc le prix Orwell Etat Elus. Le Pr Gorwood, lui, reçoit une Mention spéciale du jury pour, dans le cadre de son "enquête" dite "SAGE", avoir usé de méthodes douteuses afin d’inciter des lycéens à livrer leur ADN et à confier des informations confidentielles sur leurs parents sous prétexte de déterminer si les gènes peuvent prédir le comportement. C’est le Pr Jacques Testart, lui-même chercheur honoraire à l’Inserm, qui est venu à la tribune remettre au Pr Gorwood sa mention spéciale, et dénoncer cet « idéal flico-sanitaire » qu’illustrent à merveille les recherches de l’unité 675 de l’Inserm. Cela « montre qu’on fait plus de recherches sur l’inné (la génétique) que sur l’acquis (sociologie, psychologie...) pour tenter d’expliquer les "déviances" » [2]. Enfin, Brice Hortefeux, ministre de l’immigration et de l’identité nationale, est arrivé en 3e position. C’est dire la gravité des écarts enregistrés par les deux premiers.

2. Orwell Entreprises : Les prototypes de drônes Quadri-France (du patron de Taser France) et Elsa (expérimenté par le ministère de l’intérieur), ont largement emporté les suffrages du jury, choqué de voir ainsi banaliser de tels engins, a priori militaires, aux fins de surveillance des populations civiles, notamment en banlieues. Le lobbying de l’industrie des technologies médicales (Lessis, Snitem et Getics) pour le déploiement du Dossier Médical Personnel, bien que décrié par un rapport officiel l’an passé, et le PDG de la FNAC, Denis Olivennes, accusé de promouvoir la surveillance des internautes, emportent quant à eux les 2e et 3e places.

3. Orwell Localités : Michel Denis et Pascal Bugis, maires de Saint Fons et de Castres, ainsi que l’inspection d’académie du Haut Rhin, accusés d’encourager le fichage des jeunes basanés, des mineurs de certains quartiers et des familles de sans-papiers, sont largement devancés par Claude Journès, président de l’université Lyon-II et professeur de sciences politiques spécialisé dans l’"analyse comparée des politiques policières", qui emporte le prix Orwell Localités pour faire de "son" université un laboratoire de test des technologies de contrôle et de surveillance, et de ses étudiants des cobayes, au point d’aller faire le coup de poing contre les moins dociles d’entre-eux.

4. Orwell Novlang : L’émission Envoyé Spécial sur France 2 emporte le prix Novlang pour avoir accepté de réaliser un reportage, sobrement intitulé "Expulsion mode d’emploi", soit-disant "EX-CEP-TION-NEL" et "pédagogique", mais surtout "embarqué", et complaisant, au sein de la police de l’immigration de M. Hortefeux. MM. Ghenassia, directeur de la sécurité, et Cazenave, procureur du Var, qui avaient mis en place une messagerie internet appelant les citoyens à la délation, arrivent en deuxième position, suivis du député Philippe Goujon, qui veut faire rimer vidéosurveillance avec "vidéotranquillité".

5. Orwell Ensemble de son Oeuvre : Google Inc. a devancé de peu le fichier "Base-élèves" du ministère de l’Education, ainsi que le ministère de la Culture et de la communication. D’un point de vue statistique, c’est somme toute logique : le ministère de la culture ne cesse, depuis des années, de vouloir placer sous surveillance l’ensemble des internautes, mais cela ne concerne "que" les internautes français ; le fichier Base Elèves vise quant à lui à placer sous surveillance l’ensemble des enfants, ce qui ne concerne jamais "que" les enfants de France [3] ; Google, pour sa part, place sous surveillance l’ensemble des internautes "du monde entier"...

6. Prix Voltaire de la vigilance : Le collectif Refus ADN s’est finalement imposé : il regroupe des personnes qui refusent de se soumettre au prélèvement génétique imposé à un nombre croissant de personnes dont le seul tort est d’être "suspectes". C’est Jean-Yves Hubert, un citoyen poursuivi à deux reprises pour ce même "délit" — refus de prélèvement ADN —, qui est venu à Confluences pour recevoir le prix Voltaire. Le verdict de son 2ème procès est attendu pour le 25 mars. A l’origine des faits, une simple bagarre entre colocataires, pour laquelle les policiers exigeaient de lui une trace de son ADN. Après ce refus, il s’est fait à nouveau convoquer, puis poursuivi une seconde fois. Nous vous tiendrons informé de son sort très prochainement. Comme du résultat de la Cour de cassation, dans une affaire similaire, attendue pour début avril.

Le jury a également salué, en le classant second, le Syndicat national des professionnels infirmiers. Le SNPI a récemment protesté contre la généralisation du placement sous bracelet numéroté (et doté d’un code barre) des patients de l’hôpital Saint Louis à Paris, évoquant notamment le désarroi d’une infirmière face à un patient, ancien déporté : "Mademoiselle, je n’ai pas besoin de votre bracelet, j’ai déjà un numéro d’identification de tatoué"...

Saluons enfin le collectif "Ploermel sans vidéo", dont l’action a été rappelée pendant la cérémonie, pour s’être opposé au maire de cette commune du Morbihan, Paul Anselin, prix Orwell Localité l’an dernier. Le collectif a gagné sa bataille devant le tribunal administratif de Rennes, fin janvier 2008, en faisant invalider l’installation des caméras controversées. Et M. le maire a perdu son siège, le 16 mars, après 30 ans de règne sas partage.


Vous trouverez sur cette page le récapitulatif des prix Orwell et Voltaire 2007.

Le jury, cette année, était composé de :
- Laurent Bonelli, sociologue et membre de la revue Culture et Conflits
- Eric Charmes, sociologue et urbaniste
- David Dufresne, journaliste et documentariste
- Théodora Fragiadakis et Ulysse Richard, membres du Comité d’action lycéen (lycée Maurice Ravel, Paris)
- Hélène Franco et Gilles Sainati, magistrats, membres du Syndicat de la magistrature
- Pierre Muller, président de l’association Ordinateurs-de-vote.org (Prix Voltaire BBA 2006)
- Kiki Picasso, graphiste, peintre et vidéaste, membre du collectif Un regard moderne
- Maurice Rajsfus, co-fondateur de l’Observatoire des Libertés Publiques et du bulletin Que fait la police ?
- Jacques Testart, biologiste et président de la Fondation Sciences citoyennes

L’équipe des BBA

Notre site web, pour plus d’infos, d’images, d’explications et de communiqués : http://bigbrotherawards.eu.org

Le calendrier des cérémonies de notre réseau international : http://www.bigbrotherawards.org

Merci à tous les anonymes qui nous ont proposé leurs candidats, aux bénévoles des organisations affiliées (Regarde A Vue, Samizdat.net, TéléPlaisance, Souriez vous êtes filmés, Les Virtualistes), les danseuses de l’Est parisien (service d’ordre) ainsi que l’équipe de Confluences.

A propos de Privacy International
+ PI est une ONG créée à Londres en 1990 pour éveiller l’opinion sur l’érosion de la vie privée et pour lutter contre les nouvelles technologies de surveillance des individus. Depuis, PI a été à l’origine d’une trentaine de conférences, participant en tant qu’ONG a des dizaines de réunions internationales, à des milliers d’interventions ou d’interviews dans les médias, organisant des campagnes de sensibilisation, témoignant auprès d’instances gouvernementales ou parlementaires, comme la Chambre des Lords, le Parlement canadien, l’OCDE, l’UNESCO, le Parlement européen et l’Assemblée du Conseil de l’Europe. Enregistrée au Royaume-Uni en tant qu’association à but non lucratif (Non-profit Limited Company n° 4354366).
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A propos des BBA dans le monde
Lancée par Privacy International en octobre 1998 à Londres, cette cérémonie vise à stigmatiser les menaces à la vie privée en montrant du doigt les personnes, institutions et sociétés privées les plus actives dans la promotion ou la conception de technologies de surveillance des individus. En 2002 les BBA ont été organisés dans une quinzaine de pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord (dernier en date en 2004 : la nouvelle Zélande). L’esprit s’inspire du roman "1984" de George Orwell, et a obtenu le soutien moral de Richard Blair, fils du célèbre évrivain, de son vrai nom Eric Blair.
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