Pr Philip Gorwood, chercheur à l’Inserm

Pour avoir, sous prétexte de déterminer si les gènes peuvent prédir le comportement, usé de méthodes douteuses afin d’inciter des lycéens à livrer leur ADN et à confier des informations confidentielles sur leurs parents

L’Inserm est le principal organisme public de recherche médicale. Les travaux de l’unité 675 de l’Inserm partent du principe que le patrimoine génétique peut déterminer à l’avance le comportement des individus. L’intitulé de cette unité parle d’elle-même : "Analyse phénotypique, développementale et génétique des comportements addictifs". Tout comme son projet scientifique : "[Le laboratoire axe son travail sur la recherche de facteurs prédictifs et/ou de vulnérabilité aux comportements addictifs. Les addictions s’établissent au sens large, en incluant la dépendance à l’alcool essentiellement, mais aussi au cannabis, à l’héroïne et aux autres substances ayant un potentiel de dépendance."

En 2007, le Pr Philip Gorwood — « psychiatre, généticien et statisticien » et responsable de l’U675 — a encadré l’enquête dite "SAGE" qui a été menée auprès d’un "échantillon" de 5000 à 6000 lycéens dans la région Champagne-Ardennes. (Cf la lettre communiquée aux élèves en mars 2007). Cette enquête portant sur la consommation de substances psycho-actives, a été autorisée par la CNIL et soutenue par le recteur d’académie. Une autre unité de l’Inserm mérite de partager les honneurs : l’U669 dirigée par Bruno Falissard (troubles du comportement alimentaire de l’adolescent ; épidémiologie générale).

PDF - 233.8 ko
Questionnaire distribué aux élèves

SAGE exigeait des élèves 2 choses :
- répondre à un "autoquestionnaire" (document à consulter) nécessitant "trois quarts d’heure" d’attention ;
- accepter un prélèvement bucal en vue de reccueillir leur ADN.

Sur le fond, le questionnaire :
- comporte des éléments intimes et confidentiels sur "leur situation sociale, familiale et scolaire, l’existence éventuelle d’une dépendance par rapport à une quelconque drogue, leurs habitudes de consommations, leurs antécédents familiaux, leur niveau habituel d’impulsivité, leur éventuel état dépressif, leur éventuelle déviance sexuelle (ou) l’éventualité de violences sexuelles subies dans leur enfance" ; (Cf le résumé d’un article de la revue "Le chat noir" qui a révélé l’affaire).
- demande aux enfants de décrire l’état de dépendance de leurs parents : « Consommations de toxiques chez vos parents (à votre connaissance », sur 18 questions ;
- et porte « incidemment sur l’ADN et l’origine ethnique de jeunes scolarisés : le questionnaire comprend notamment des questions sur les origines des parents et des grand-parents des personnes interrogées ». (Cf Lemonde.fr du 19 juin 2007, "A la recherche des gènes de l’addiction en Champagne-Ardenne", reproduit ici in extenso.)

Dans la forme, les méthodes employées sont contestables :
- Le caractère "anonyme" de l’étude était présenté ainsi : "Les personnes de votre entourage n’auront donc jamais connaissance de vos réponses", comme si l’anonymat ne concernait que l"entourage ; en fait, les élèves étaient invités à donner, dans une enveloppe cachetée, leur nom, leur adresse et leur numéro de sécurité sociale s’ils acceptaient une réévaluation dans 3 ans ; l’Inserm affirme que cette enveloppe ne serait décachetée que dans 3 ans. (Cf Le Chat noir, op. cit.).
- Les lycéens et professeurs ont été prévenus au dernier moment : "Les profs, concernés par leur heure de cours supprimée, ont été prévenus la veille avec pour simple information qu’il s’agissait d’une enquête de l’Inserm faite en accord avec le rectorat. Les élèves n’ont découvert l’existence de cette enquête qu’au moment de s’asseoir en cours" (Cf Agoravox, "Doctor Gorwood & Mister Türk").
- Les élèves devaient être choisi majeurs, "afin d’éviter le consentement des parents", selon les termes des auteurs du projet dans leur déclaration auprès de la CNIL.

Le Lycée Jean Jaurès de Reims a refusé que cette étude soit menée sur ses lycéens, les promoteurs de l’enquête n’ayant pas répondu à la demande d’informations préalable du proviseur, qui demandait un accès à "l’intégralité du questionnaire et des documents d’accompagnement".

Fait aggravant : l’U675 a par ailleurs participé à l’expertise collective de l’Inserm "Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent", préconisant le dépistage dès la crèche des risques de comportements déviants, ce qui avait été distingué d’un Orwell Novlang en 2005.