La Caisse nationale d’allocations familiales et sa méthode IGGACE

Pour avoir utilisé, pour former ses agents à la détection de la fraude, une "méthode" issue de recherches policières, qui utilise l’« intelligence sémantique » pour débusquer « bien plus que le mensonge », à savoir « l’intentionnalité » du mensonge...

L’IGACCE désigne une méthode d’« intervention globale en analyse de contenu et conduite d’entretien ».

Traduction de cette novlangue bien pensante, il s’agit d’une sorte de "détecteur d’intention au mensonge". Une méthode dérivée des interrogatoires policiers qui a fait l’objet d’un dépôt à l’INPI. Le collectif RTO a publié en septembre 2008 deux documents de synthèse sur l’IGGACE, obtenus lors d’une formation destinée à des contrôleurs et des agents de la Caisse nationale des allocations familiales. « Cette formation ne vise pas tant à mieux coincer ces petits salauds d’allocataires qu’à formater le contrôleur ou l’agent de la CAF, de façon à standardiser son comportement et son regard sur les allocataires », résume RTO.

IGGACE affiche la couleur : en service commandé par l’Elysée (cf "document général").
- Les fraudes dont sont victimes les organismes de sécurité sociale (CAF, URSSAF, MSA, CPAM, etc.) pèsent lourdement sur la solidarité nationale. (...) Les agents de contrôle chargés de les prévenir et de les détecter n’ont pas toujours une idée juste de ce qu’elles représentent (...).
- Comme l’a souligné le Chef de l’Etat (discours du 03 avril 2007), l’heure de vérité est venue (...). « Je mettrai tout en œuvre pour combattre la fraude. Ne pas le faire, serait ne pas respecter les français qui travaillent ». Dans ce contexte, s’ouvrir aux techniques modernes de prévention et de détection de la fraude est une nécessité. L’intelligence sémantique contribue à ce dessein (...).
- En effet, l’intelligence sémantique permet de mieux cibler les
anomalies dans des déclarations, de confirmer ou d’infirmer
des suspicions, de qualifier plus précisément des infractions
(négligences, omissions, ignorances réelles, abus ou fraudes avérées),
lors de contrôles sur pièces (écrits divers, attestations, etc.) ou de
contrôles sur place (entretiens), puis d’investiguer avec une capacité accrue car, ce qui est mobilisé dans le processus d’intelligence sémantique, c’est avant tout l’intellect des contrôleurs, c’est-à-dire une dimension qu’aucune machine n’est en mesure d’offrir. (...)

Autres perles repérées dans le "document technique" :
- L’intelligence sémantique « stratégique » ne se concentre pas uniquement sur la question de la crédibilité ou du mensonge. Elle vise, en effet, bien plus que le mensonge (chercher à discerner le vrai du faux). Elle traque l’intentionnalité : un "modus operandi" significatif de la présence d’une volonté qui cherche, de manière détournée, à en contourner une autre. [Elle] s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large que celui du mensonge : un cadre d’essence subversive.
- Dans la subversion, il y a toujours quelque chose de vrai. La subversion mêle en proportion calculée, un peu de vrai, mais récupéré au service du faux (c’est l’introduction consciente d’un noyau de réalité, dans un discours conçu à des fins d’influence ou de manipulation).

Selon Libération, ses inventeurs sont Bernard Florent, policier de profession, et Florent Grégoire, directeur d’un nébuleux "Centre international de sciences criminelles et pénales" (CISCP). Organisme présidé par l’avocat général Gino Necchi, par ailleurs maire adjoint UMP de Maisons-Laffitte. L’institut de recherche criminelle de la gendarmerie de Rosny sous Bois l’utilise déjà. Une belle référence pour les agents de la CAF !